La réflexion d'un père sur la prétendue multiplication des cas de dyslexie.

Publié le 3 Avril 2013

Perplexe, j’observe qu’en Belgique, inéluctablement, la "dyslexie" se banalise. Elle s’organise. Elle s’enracine profondément dans nos parcours de vie. Désormais, elle serait même inscrite dans notre patrimoine génétique (c’est faux, en l’occurrence, l’indice de la récurrence familiale ne démontre rien). En Communauté Française de Belgique, la "dyslexie" semble devenir une norme, voire un must (cfr : A. Einstein, S. Jobs)! En témoignent, notamment, certaines écoles, autrefois ordinaires, qui se reconvertissent et se prévalent de leur aptitude à diagnostiquer précocement le plus grand nombre d’enfants " dysentousgenres "… Bienvenue à la Génération Dyslexie !
Oui mais, et si nous nous trompions?
Et si le biais de la " dyslexie " nous voilait l’essence de problèmes plus fondamentaux, plus insidieux ?
Et si nos méthodes pédagogiques telles qu’orientées actuellement déniaient ses propres failles et que, en toute bonne foi, elles reléguaient le " fruit " de ses failles vers de pseudos pathologies portées par nos enfants, voire par nos gènes ? Je pense, notamment, aux difficultés que rencontrent les enseignants de 1ère et de 2ème primaires à enseigner les codes de lecture et de l’écriture à nos enfants, lecture et écriture qui constituent les pré-requis de tout autre enseignement.
L'OMS estime, sur base des recensements de cas diagnostiqués (erronément ?) essentiellement dans les pays de l’OCDE, que la " dyslexie " toucherait de 8 à 12 % de la population mondiale (pourcentage probablement augmenté par la présence des faux dyslexiques : en Irlande et aux Pays-Bas ce taux est de 1%, en Allemagne 2%, quid ?). Qu’en est-il en Communauté Française de Belgique, quel est le pourcentage d’enfants suivis par notre système logopédique et ses dérivés ?
Selon Colette Ouzilou (orthophoniste en cabinet libéral et dans plusieurs centres médico-psychopédagogiques), bien que la notion de dyslexie de l'enfant soit encore en débat, elle constitue toujours une médicalisation excessive de questions pédagogiques et psycho-sociales.
Ne serait-il temps de cesser cette médicalisation de l'échec scolaire, médicalisation qui déculpabilise tout le monde ?
Dans son ouvrage " Dyslexie : une vraie-fausse épidémie ", paru aux Presses de la Renaissance, sur les dysfonctionnements de l’enseignement de la lecture, elle explique que les orthophonistes se heurtent à des pratiques pédagogiques malencontreuses qu'ils sont amenés à redresser. Elle constate que, il y a trente ans, les orthophonistes attendaient le client. Aujourd'hui, ils refusent du monde. Fin des années 1970, elle a vu apparaître, en même temps que les nouvelles méthodes d'enseignement de la lecture, une première vague de lecteurs défaillants. Aujourd'hui, la quasi-totalité des enfants consulte pour des problèmes d'écriture. D'après elle, sur les 10 % d'élèves qui arrivent en consultation, 1 % à peine souffrirait de réelle pathologie. Les autres ? Des élèves " dysorthographiques " auxquels il manque les bases de décodage…
Elle rappelle que la dyslexie est une pathologie rare, qui nécessite une rééducation souvent très longue. S’appuyant sur ses trente années d’expérience dans des centres médico-psychopédagogiques et en cabinet privé, elle affirme n’avoir traité qu’une quinzaine d’authentiques dyslexiques ; dans le même temps défilaient des milliers d’enfants en situation d’échec scolaire à cause de la lecture et de l’orthographe.
La lecture et la réécriture sont des codes. Il faut les enseigner.
Si le postulat de Colette Ouzilou s’avère exacte ; dès lors, ne sommes-nous pas complices, voire auteurs, d’un impressionnant massacre d’estime de soi, avec toutes ses enchaînements délétères ?
Et si nous inversions le paradigme, et que, au lieu d’évoquer constamment le trouble d’apprentissage de nos enfants, nous évoquions le trouble de notre système d’enseignement ?
Et s’il suffisait d’assurer l’apprentissage exhaustif du code alphabétique et de ses lois, dès l’entrée dans l’enseignement fondamental, pour raviver la confiance et réanimer le gout de la découverte chez nos " dyslexiques potentiels " (considérant que, dans la langue française, les codes y sont particulièrement complexes, et que cela imposerait la formation d’enseignants détenteurs d’expertise)?
Et si cela mettait fin au malentendu ?

Jean-Marie Vanderweerden

Gérant de sociétés, actif dans le domaine de l'électronique et de maintenance, Jean-Marie Vanderweerden est devenu père tardivement (39 ans). Cela le rend, écrit-il " potentiellement moins malléable, moins crédule, et [lui] impose une certaine maturité dans l’analyse des diverses tendances de l’offre scolaire". Sa réflexion s’inspire d'une étude sur le sujet.

Rédigé par Ailite

Publié dans #ailite, #dyslexie, #troubles dys

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